Architecture au jardin

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En ce mois de novembre, époque dévolue aux préparatifs de l’hivernage des jardins, la partie médiévale du château offre aux visiteurs une exposition photographique de jardins Renaissance de notre région : Architecture au jardin

L’on y découvre notamment que l’eau est présente dans l’art Renaissance, plus ou moins domestiquée par la main de l’homme.

Comment ne pas faire le lien avec le plan du parc du château de Selles-sur-Cher, tel qu’il se présentait au XVIIIe siècle ? Ce plan a été récemment découvert par un étudiant qui effectuait des recherches à Stockholm. On y observe des bassins qui semblent ornementés de jets d’eau. Quelques questions se posent : d’où provenait l’eau, et comment étaient alimentés ces jets d’eau ?

Les quatre bassins, détail du plan du XVIIIe siècle retrouvé à Stockholm.
Les quatre bassins, détail du plan du XVIIIe siècle retrouvé à Stockholm.

Si l’histoire de Selles-sur-Cher rappelle la domestication de la rivière le Cher, cela n’explique pas tout. En effet, la rivière fut domestiquée à Selles pendant très longtemps : un port de pêche et de batellerie, et aussi des moulins, comme le rappellent quelques noms de rues anciennes, rue de la pêcherie, des tanneurs, des meuniers… Certaines de ces installations figurent encore sur le premier cadastre napoléonien.

On sait aussi qu’à l’époque de la construction Renaissance de notre château, réalisée sur l’initiative de Philippe de Béthune, on savait aussi pomper et acheminer l’eau. Par exemple, à l’initiative du roi Henri IV, que servaient les deux frères Béthune, une pompe fut construite à Paris sur la Seine, alimentée par des roues à aubes, servant à acheminer l’eau puisée dans le fleuve pour alimenter le château royal des Tuileries. Cet ouvrage portait le nom de Samaritaine, nom resté célèbre pour Paris.

En visitant l’exposition actuellement proposée au château de Selles-sur-Cher, nous apprenons notamment qu’à la Renaissance des éoliennes permettaient de puiser de l’eau pour la stocker dans des réservoirs, afin d’alimenter les jardins.

Éolienne à Azay-le-Rideau, détail d’une planche de l’exposition « Architecture au jardin » ® Château de Selles-sur-Cher, novembre 2017
Éolienne à Azay-le-Rideau, détail d’une planche de l’exposition « Architecture au jardin » ® Château de Selles-sur-Cher, novembre 2017

Ainsi, pour alimenter les bassins et leurs jets d’eau du parc de Selles, nous pouvons maintenant choisir parmi deux solutions de pompage : la rivière ou des puits. Des puits, il en existe toujours plusieurs dans le domaine actuel du château, dont l’un idéalement situé dans la zone du parc. Une dernière question subsiste : mais où cette eau était-elle stockée ? Il fallait bien quelque part un réservoir assez volumineux pour distribuer les jets d’eau des bassins.

Il existe encore une très célèbre installation en France, celle du château de Versailles. L’eau était puisée dans la Seine, par la célèbre machine de Marly, acheminée par un aqueduc jusqu’aux réservoirs situés au nord du château. Cet ensemble se visite toujours.

Bien entendu, il n’est pas question de rechercher à Selles une installation aussi grandiose, mais une hypothèse est plausible : la vieille tour médiévale qui figure sur le plan du XVIIIe siècle retrouvé, et dont nous avons la certitude qu’elle existait encore lors de la vente du château au bénéfice de la famille Le Bret, était-elle susceptible d’accueillir un tel réservoir ?

Aux détours d’une exposition proposée au château de Selles-sur-Cher, il est possible de rêver à ce qu’était peut-être ce château imaginé par Philippe de Béthune.